📦 Livraison offerte à partir de 5 boîtes achetées

Le 7 et 8 mai, toujours pas de masques.

Le 7 mai au matin, après quelques heures de sommeil, les techniciens reviennent à l’atelier pour tenter de finir ce satané débogage de la machine. En parallèle, pendant la nuit, j’ai demandé au fournisseur chinois de nous envoyer des vidéos pour nous expliquer les points clés que nous n’arrivons pas à comprendre. Les vidéos arrivent, nous les regardons mais nous constatons que cela ne va pas grandement nous aider. Nous sommes plus reposés que la veille au soir et nous prenons notre courage à deux mains pour essayer de comprendre et nous débrouiller par nous même. Chaque étape est un mystère, le logiciel est cryptique mais petit à petit, nous constatons de très légères avancées. Vers le début d'après-midi, nous réussissons à produire 100 masques environ, mais ils ne sont pas beaux à voir.


Pour rappel, mon père doit arriver à l’atelier, il ne sait pas dans quoi nous nous sommes lancés. Il est accompagné par mon épouse, qui a tout fait pour le ramener à Meudon. Depuis le matin, il ne fait que répéter qu’il ne comprend pas pourquoi il doit aller jusqu’à Meudon pour son anniversaire. En plus, nous sommes encore en confinement et il faut une très bonne raison pour sortir ! Il rédige une attestation avec mon épouse indiquant qu’il doit aller chercher du matériel médical pour la réouverture de son cabinet dentaire.

Arrivé sur place, mon père débarque dans l’atelier : il est sidéré. 

Au début, je pense qu’il ne comprend pas, il se dit « que fait mon fils dans une usine de masque ? ». Il me demande : « qu’est-ce que c’est que tout cela ? », Je lui réponds que nous avons monté une usine de masques et lui présente les premiers exemplaires pour la réouverture de son cabinet! La surprise avait marché.


Cependant, mon père constate ma détresse. Sortir une boite de masque, c’est bien, mais cela n’est pas avec cela que l’on ira loin.

Nous sommes censés livrer 500 000 masques à GPSO (Établissement Public Territorial de Grand Paris Seine Ouest) le 11 mai, soit 4 jours plus tard, et c’est tout simplement impossible… J’appelle notre client pour leur dire que nous aurons du retard. C’est notre premier client, et c'est grâce à lui que nous avons pu commander notre seconde ligne de production. Le secrétaire général de GPSO me dit que nous nous arrangerons en faisant des livraisons progressives, toutes les distributions au public n’étant pas prévues dès le 11 mai. Il saute sur l’occasion de m’avoir au téléphone pour me dire que demain c’est le 8 mai et que le maire de Meudon souhaite venir faire une petite visite de l’atelier après les cérémonies de commémoration. Je lui explique avec regret que nous ne sommes pas prêts du tout et que nous ne pourrons pas le recevoir dans ces conditions…


Nous passons encore une nuit presque blanche à travailler sur la machine à 3, les deux techniciens et moi-même. Vers 11h du matin, je suis épuisé et je me dis qu’il faut que je m’allonge sinon je vais défaillir. Mon téléphone sonne au moment où je me sers une tasse de thé pour me détendre un peu. C’est le secrétaire général de GPSO, il me dit « écoutez, même si vous n’êtes pas prêts, le Maire veut absolument venir, et ne vous en faites pas, ce n’est pas une visite officielle. ». Il ne me laisse pas le choix. La première chose à laquelle je pense c’est que mes vêtements datent d’hier et que mon visage laisse apparaître des cernes profondes.


Ma chère épouse, toujours prompt à me soutenir, appelle en urgence mon père qui devait repasser, pour lui demander de m’apporter des vêtements et une brosse à dent. A 11h30, je vois la voiture de mon père arriver de loin, et je me dis « heureusement, je vais pouvoir me changer ». Mais c’est à ce moment qu'une voiture officielle toute noire, vitre teintée, s’approche et se gare en même temps que mon père. C’est sûr, c’est M. le Maire, Denis Larghero. La porte s’ouvre, le secrétaire Générale de GPSO sort de la voiture, accompagné du maire de Meudon. Trop tard, je ne pourrais pas me changer. Mais ce n’est pas terminé, une autre silhouette sort de la voiture. C’est Pierre-Christophe Baguet, le Maire de Boulogne-Billancourt et Président de GPSO. Mes genoux commencent à fléchir tandis que mon père, revenant de son jogging, sort de sa voiture en shorts et baskets. Il porte un petit sac dans sa main : ce sont mes vêtements… J'accueille ces messieurs dans l’atelier et je tente, tant bien que mal, de leur faire une visite tout en essayant de ne pas m’évanouir d’épuisement et de stress. Nous commençons les explications et un quatrième homme débarque dans l’atelier, je me dis, tiens! Cela doit être leur chauffeur, mais en même temps, je me rends compte que cette personne a une certaine prestance, on voit tout de suite que c’est un personnage public. Il me tend une carte et se présente « Hervé Marseille, sénateur des Hauts-de-Seine ».!


Suite au prochain numéro